carnet d’août 2026

dimanche30août | au Port de Vénasque
Fiche technique – Départ de Hospice de France. Objectif : le Port de Vénasque (au retour, étape pique-nique au Refuge de Vénasque). Distance : 13,76 km. Durée : 6:02:32. (Moyenne : 26:20/km). D+ : 1130 m.

La montagne récompense. Parvenus au Port de Vénasque, s’offre à nous la vue spectaculaire du massif de la Maladeta et de son plus haut sommet, le Pic d’Aneto, point culminant de la chaîne des Pyrénées (3404 m).
La montagne est offrande, sévère et juste. Tantôt elle vous écrase, tantôt elle vous exalte. Dans les deux cas, elle m’est un soutien indéfectible dans mon effort pour repenser sans cesse ma manière d’être au monde. La montagne est exigence. Si elle m’écrase, elle m’enseigne la petitesse de l’homme au regard de la planète qui l’accueille, un parmi le vivant. Si elle m’exalte, elle ne me donne pour autant aucun droit sur elle, ni sur mon environnement, ni sur le vivant qui le peuple. Elle éveille en moi un sentiment de plénitude intérieure, comme si, dans des moments aussi singuliers, je parvenais enfin à être un peu moi-même et me comprendre.


Flaubert, 15-IX-1840 (4) | « Dans la lointaine Amérique »
Souvenons-nous. Au tout début de son récit de voyage dans les Pyrénées daté du 15 septembre 1840, Gustave Flaubert se plaignait du mauvais temps qui le privait de ses courses en montagne et en particulier de celle qu’il avait projetée au port de Vénasque. A Luchon, le jeune et fringant bachelier ne reste pas longtemps confiné. Suivons-le à présent dans son ascension du Vénasque.
« C’est une belle vie que celle de chasser l’isard ou l’ours, de vivre dans le pays des aigles, d’être haut comme eux et de leur faire la guerre. Quand on va au port de Venasque, on traverse d’abord une grande forêt de frênes et de hêtres qui couvrent deux montagnes qui se regardent face à face. Les ravins ont enlevé des arbres, et font sur le côté opposé à celui où vous marchez comme des chemins qui serpentent en tombant à travers les bois. C’était le matin, et les lueurs du soleil levant dessinaient les ombres des branches sur la mousse et sur les feuilles jonchées par terre ; il avait plu, le chemin était boueux ; la lune blanche remontait dans le ciel. Avant de gravir le plus rude, on s’arrête à l’hospice, grande maison nue au dehors comme au dedans, où nous n’avons vu que les enfants du gardien qui se taisaient en nous regardant. La cuisine est haute et voûtée pour soutenir le poids des avalanches ; des meurtrières dans les murs remplacent les fenêtres, et quand on ferme les auvents il fait nuit. »

« À partir de l’hospice, la route monte en zigzag et devient de plus en plus scabreuse, ardue et aride. On tourne à chaque instant pour faciliter la montée, et si on regarde derrière soi, on s’étonne de la hauteur où l’on est parvenu. L’air est pur, le vent souffle et le vent vous étourdit ; les chevaux montent vite, donnant de furieux coups d’épaule, baissant la tête comme pour mordre la route et s’y hissent. À votre gauche vous apercevez successivement quatre lacs enchâssés dans des rochers, calmes comme s’ils étaient gelés ; point de plantes, pas de mousse, rien ; les teintes sont plus vertes et plus livides sur les bords et toute la surface est plutôt noire que bleue. Rien n’est triste comme la couleur de ces eaux qui ont l’air cadavéreuses et violacées et qui sont plus immobiles et plus nues que les rochers qui les entourent. »


« De temps en temps on croit être arrivé au haut de la montagne, mais tout à coup elle fait un détour, semble s’allonger, comme courir devant vous à mesure que vous montez sur elle ; vous vous arrêtez pourtant, croyant que la montagne vous barre le passage et vous empêche d’aller plus avant, que tout est fini, et qu’il n’y a plus qu’à se retourner pour voir la France, mais voilà que subitement, et comme si la montagne se déchirait, la Maladeta surgit devant vous. À gauche toutes les montagnes de l’Auvergne, à droite la Catalogne, l’Espagne là devant vous, et l’esprit peut courir jusqu’à Séville, jusqu’à Tolède, dans l’Alhambra, jusqu’à Cordoue, jusqu’à Cadix, escaladant les montagnes et volant avec les aigles qui planent sur nos têtes, ainsi que d’une plage de l’Océan l’œil plonge dans l’horizon, suit le sillage des navires et voit de là, dans la lointaine Amérique, les bananiers en fleurs, et les hamacs suspendus aux platanes des forêts vierges ».

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La montée vers le port de Vénasque | Portfolio
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Un « autrement » 15 septembre 1840
La date du 15 septembre 1840 n’est pas anodine dans l’agenda littéraire de Gustave Flaubert. C’est d’abord, nous l’avons vu tout au long de ce journal, la date d’un premier passage à Luchon, lors du voyage que lui avaient offert ses parents pour le récompenser de son succès aux épreuves du baccalauréat.
Or cette même date – simple hasard ? – on la retrouve mentionnée dès l’incipit de son roman L’Éducation sentimentale qu’il publiera vingt-neuf ans plus tard, le 17 novembre 1869, après plusieurs versions remaniées dont les premières remontent aux années 1840-1845. Voici cet incipit :
« Le 15 septembre 1840, vers six heures du matin, le Ville-de-Montoreau, près de partir, fumait à gros tourbillons devant le quai Saint-Bernard. » Dans ce début, on voit se dessiner la silhouette d’un « jeune homme de dix-huit ans, à longs cheveux ». On apprend quelques lignes plus tard qu’il s’agit de Frédéric Moreau, « nouvellement reçu bachelier » qui s’apprêtait à « aller faire son droit ». Difficile de ne pas reconnaître dans ce personnage quelques traits du jeune Flaubert. L’Éducation sentimentale n’est-il pas sous-titré Histoire d’un jeune homme ?

L’Éducation sentimentale,
chez Michel Lévy Frères,
éditeurs à Paris
Mais aucun lien, pourtant, dans les repères autobiographiques du roman, avec les Pyrénées et la station thermale de Luchon. C’est plutôt vers Trouville que René Dumesnil, dans son introduction à l’édition Pléiade, nous invite à tourner notre regard. Trouville où Flaubert rencontra Elisa Foucault en août 1836, avant qu’elle ne devienne l’épouse de l’éditeur de musique Maurice Schlésinger, puis Marie Arnoux dans le roman dont les premières ébauches figurent déjà dans Mémoires d’un fou, écrites dès 1837.
Du 15 septembre 1840 bien réel tel qu’il figure dans la note du journal de voyage écrite à Luchon, au 15 septembre 1840 de L’Éducation sentimentale, il y a un pas, celui qu’accomplit le romancier pour traverser le réel et installer son récit dans l’espace de la fiction qui, à mes yeux de lecteur, n’a jamais cessé d’être un réel autrement.
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Epilogue 1 | Les raisons d’Adélard de Bath
Adélard de Bath a vécu approximativement entre 1080 et 1150. C’est un savant qui n’a pas seulement appris en lisant mais aussi en voyageant, comme cela se pratiquait beaucoup à son époque. Il est connu pour ses traductions latines des Eléments d’Euclide. Mais surtout, ses périples l’ont conduit à se plonger dans les écrits scientifiques en langue arabe qui complètent son érudition et ouvrent son horizon. Adélard de Bath est de ces intellectuels qui bousculent les autorités latines de leur temps en les confrontant aux savoirs arabes. « Les maîtres arabes m’ont appris à me laisser guider par la raison », confesse-t-il dans ses Questions naturelles où il dit aussi que « celui qui, né et élevé dans la demeure du monde, ne se soucierait pas de connaître la raison d’une beauté si admirable en est indigne » (1). C’est une belle conclusion et une invitation à ouvrir des yeux aimants sur la planète qui nous accueille.
(1) Cité par Jean-Jacques Bavoux dans Une brève histoire de la géographie, Armand Colin, 2023. Les œuvres d’Adélard de Bath sont disponibles aux Belles Lettres.
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Epilogue 2 | L’instant photo #3









Confié à l’architecte de la ville Raymond Castex, le casino de Luchon fut inauguré le 15 août 1880. Détails des façades du bâtiment. Photos instantanées prises le mardi 1er septembre 2026 entre 10 h 45 et 11 h 15.











