carnets d’août et septembre 2026

vendredi28août | dans les pas de l’Impératrice
Fiche technique – Départ de Hospice de France. Objectif : le col de Sacraux par le chemin de l’Impératrice et le cirque de la Glère. Distance :14,70 km. Durée : 5:51:25 (moyenne : 23:55/km). D+ : 650 m.

J’ai déjà dit ici l’attirance de l’impératrice Eugénie pour le thermalisme pyrénéen. Le séjour qu’y effectua le prince impérial, en 1867, consacra Luchon comme « reine des Pyrénées ». Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte, fils de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, plus couramment appelé Louis-Napoléon, était âgé de onze ans lorsqu’il vint à Luchon où il laissa un souvenir impérissable. Songez que l’on construisit en seulement dix jours un pavillon afin que le prince y prît ses quartiers selon les convenances de son époque et de son rang. Sur ses brisées, têtes couronnées, fine fleur de l’élite intellectuelle du monde des arts, de la littérature et de la politique se pressent désormais en Luchonnais. C’est dans cette effervescence toute aristocratique qu’est créé, au départ d’Hospice de France, le chemin dit de l’Impératrice afin de permettre à Eugénie de se rendre sans difficulté jusqu’au cirque de Glère qui, soit dit en passant, n’est pas le plus spectaculaire des sites montagneux de la région.
Aujourd’hui, ce chemin offre une promenade sympathique dans un sous-bois très accueillant et fort prisé des marcheurs. Au départ d’Hospice de France, on a tôt quitté le chemin montant vers le Port de Vénasque promis à des grimpeurs aguerris pour, à main droite, prendre la direction du cirque de Glère à travers les bois de Sajust et de Bédourède.
Parvenus au pied des pics environnants, nous tenterons sans conviction l’ascension vers le col de Sacraux dans un paysage somme toute banal et sans grand intérêt esthétique. Il n’en faut parfois pas plus, en montagne, pour renoncer. N’est-ce pas, me dis-je, le goût du beau qui aide à vaincre les obstacles ?

La forêt a ses secrets. Ses curiosités aussi.


Le cirque de Glère, terme du chemin de l’Impératrice. Pour voir plus loin, il faut grimper.

Portfolio | Les déracinés
En chemin, nous ne comptons plus les arbres déracinés. Ils témoignent du tribut que paye la forêt aux caprices des temps mauvais.
L’album photo


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mercredi2septembre | au lac d’Espingo
Fiche technique – Départ : les Granges d’Astau (1144 m). Objectif : les lacs d’Espingo et de Saussat (1921 m). Distance : 13,78 km. Durée : 5:55:51 (moyenne : 25:48/km). D+ : 777 m.

Ce sera la dernière randonnée du séjour. Une montée relativement exigeante au regard de la fatigue accumulée. Le lac d’Oô se laisse approcher sans difficulté. C’est ici une « balade » très prisée pour qui n’est pas trop regardant. A l’origine, Oô est un lac glaciaire que l’homme a artificialisé pour satisfaire ses voracités industrieuses en le dotant d’une centrale électrique. Béton, ferrailles, rouilles : la main sale sévit dans ces parages. Nous sommes loin, très loin de la lecture romantique que donna de ce paysage le peintre et général d’armée Louis-François Lejeune. Son tableau, une Chasse à l’ours vers la cascade du lac d’Oô, peint en 1834, est conservé au musée des Augustins à Toulouse. Imbéciles qui contestent la réalité de la représentation. La cascade d’Oô n’a jamais été aussi belle que sous le pinceau de cet artiste illustrement inconnu.


Nous poussons (c’était l’idée de départ et nous nous y tiendrons) jusqu’aux lacs d’Espingo et de Saussat. Payés en retour. La beauté des sites est bonheur. La nature sans l’homme recèle quelque chose d’indicible, peut-être de l’ordre d’une vérité.


L’album photo






Flaubert, 15-IX-1840 (3) | « comme dans une onde vaporeuse »
Poursuivons la lecture de la note du 15 septembre 1840, extraite du journal de voyage dans les Pyrénées de Gustave Flaubert. Du pinceau de Lejeune à la plume de jeune bachelier, c’est le romantisme ici qui flamboie.
« Je suis avant tout homme de loisir et de caprice, il me faut mes heures, j’ai des calmes plats et des tempêtes. Je serais resté volontiers quinze jours à Fontarabie, et je n’aurais vu ni les eaux thermales, ni la fabrique de marbre à Bagnères-de-Bigorre, qui ne vaut pas l’ongle d’une statue cassée, ni bien d’autres belles choses qui sont dans le guide du voyageur. Est-ce ma faute si ce qu’on appelle l’intéressant m’ennuie et si le très curieux m’embête ? Hier, par exemple, en allant au lac d’Oô, quand mes compagnons maugréaient contre le mauvais temps, je me récréais de la pluie qui tombait dans les sapins et du brouillard qui faisait comme une mer de blancheur sur la cime des montagnes. Nous marchions dedans comme dans une onde vaporeuse, les pierres roulaient sous les pieds de nos chevaux, et bientôt le lac nous est apparu calme et azuré comme une portion du ciel ; la cascade s’y mirait au fond, les nuages qui s’élevaient du lac, chassés par le vent, nous laissaient voir de temps en temps les sommets d’où elle tombe. »
(à suivre)





