carnet d’août 2026

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lundi24août | « Je suis hors d’état d’écrire »

Alphonse de Lamartine ne s’attarde pas à Luchon. Lors de son voyage dans les Pyrénées en 1840, il y (dé)laisse son épouse et part immédiatement à Pau puis Bagnères-de-Bigorre où il dit soigner ses rhumatismes. C’est à Pau, lors de sa visite du château d’Henri de Navarre, qu’il aurait prononcé sa phrase reprise dans à peu près toutes les chroniques pyrénéennes du temps : « Voilà la plus belle vue de la terre, comme Naples est la plus belle vue de la mer ».
On dit ici que cette phrase attribuée à Lamartine est en fait une invention des Palois eux-mêmes, déçus que l’académicien n’ait pas écrit le tant espéré poème que ses admirateurs pyrénéens attendaient de lui.
Car l’histoire ne s’arrête pas là. D’une certaine manière, elle en devient même savoureuse. Le 14 juillet 1840 à Bagnères-de-Bigorre, lors de la sérénade donnée en son honneur, un chœur bigourdan entonne un chant qui met Lamartine sinon dans l’embarras, du moins au pied du mur : « Ici laisse de ton passage / Un mélodieux souvenir ». Le piège a été subtilement ourdi par le poète Frédéric Soutras et son ami musicien Soubiès. Lamartine, en politique madré, répond par une allocution que répercute, comme un rapport de police, l’Echo des Vallées dans son édition du 15 août 1840 : « Vous voulez que je vous laisse un souvenir… Je vous laisse celui de votre propre générosité ». Chez moi, on appelle cela une pirouette !
Il avait pourtant promis un texte à Navarrot, le poète palois de langue d’Oc venu spécialement à Bagnères pour le rencontrer et lui quémander quelques rimes en vue de l’inauguration d’une statue en hommage à Cyprien Despourrins, une figure emblématique de la littérature occitane en terre béarnaise. « Monsieur Navarrot recevra ces vers de Toulon ou Marseille », renchérit-il auprès de Soubiès en quittant la région. Mais Lamartine n’écrira jamais le poème promis. « Jusqu’ici, je suis hors d’état de penser et d’écrire… », plaide-t-il. Il arrive aux meilleurs de faillir.
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mardi25août | au Lac Vert
Fiche technique – Départ du parking du hameau des Bourdalès, terme de la Vallée du Lys. Objectif : en première intention, le refuge de Maupas puis, après renoncement, le Lac Vert (2004 m). Retour par le lac des Grauès et la Cabane de la Coume. Distance : 13,81 km. Durée : 7:04:38 (moyenne : 30:45/km). D+ : 1025 m.

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Ce matin, nous quittons Luchon en direction de la vallée du Lys avec l’intention d’effectuer une randonnée solide sur le plan sportif. L’idée est de partir du parking des Bourdalès (1350 m) où s’arrête la route (D46a) et monter jusqu’au refuge du Maupas (2430 m) par le pré de l’Artigue et les trois cascades. Mais en montagne, il faut savoir renoncer. Au pied de la dernière difficulté, jusque au dessous d’une station de pompage, nous décidons de bifurquer et prenons la direction du Lac Vert par un sentier très chaotique exigeant une attention de tous les instants.





La récompense, comme toujours, est au bout de l’effort. Le Lac Vert est une de ces merveilles qui rend heureux l’homme sensible. Lorsque je suis témoin de pareille grandeur, je m’en remets aux méditations de Pascal sur la petitesse de l’homme. Dans le fragment Disproportion de l’homme (numéro 9 dans l’édition Sellier), il loue « la nature entière dans sa haute et pleine majesté » et nous pose la question qui, lancinante, revient toujours sous sa plume : « Qu’est‑ce qu’un homme, dans l’infini ? ».
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mercredi26août | au col de Barèges
Fiche technique – Départ de Hospice de France. Objectif : le col de Barèges (en Espagne) par la cabane de Roumingau et le plateau de Campsaure. Distance : 11,57 km. Durée : 4:24:57 (moyenne : 22:54/km). D+ : 712 m.

La montagne rendue aux vents qui la façonnent. Nous partons d’Hospice de France pour une montée assez raide – l’essentiel du dénivelé se situe dans les premiers kilomètres de la randonnée – en direction de la cabane de Roumingau sur le plateau de Campsaure. Nous marchons depuis le matin sous les auspices du Pic de la Pique derrière lequel on devine d’un côté le Pas de l’Escalette et de l’autre, le couloir d’ascension vers le Port de Vénasque.

Le plateau de Campsaure est une vaste étendue de pâturages, une de ces estives généreuses pour les troupeaux arrivés ici avec les beaux jours. Les bergers sont au travail. A ces femmes et hommes qui veillent, dans leurs montagnes, je dis mon indéfectible respect. Nous empruntons la piste qui nous mène jusqu’à la cabane de Campsaure et le chemin Louise que nous quittons bientôt pour emprunter le sentier vers le col de Barèges. Une borne marque ici la frontière avec l’Espagne voisine.


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Flaubert, 15-IX-1840 (2) | « A quoi bon ? »
« Mais quoi écrire ? », se demande le bachelier Gustave Flaubert où nous l’avons laissé, rédigeant la note de son journal de voyage dans les Pyrénées datée du 15 septembre 1840. Il est – désespérément, ou feint-il romantiquement de l’être ? – confiné dans sa chambre de Luchon tandis que dehors, il pleut et que ce temps mauvais le prive des courses dont il rêvait. « Il n’y a rien de si fatigant que de faire une perpétuelle description de son voyage, et d’annoter les plus minces impressions que l’on ressent ; à force de tout rendre et de tout exprimer, il ne reste plus rien en vous ; chaque sentiment qu’on traduit s’affaiblit dans notre cœur, et dédoublant ainsi chaque image, les couleurs primitives s’en altèrent sur la toile qui les a reçues. »
Il poursuit, comme si l’habitait un doute, comme si un refus s’opposait à sa plume et qu’il fallût souffrir pour dire, à moins de renoncer :
« Et puis, à quoi bon tout dire ? N’est-il pas doux au contraire de conserver dans le recoin du cœur des choses inconnues, des souvenirs que nul autre ne peut s’imaginer et que vous évoquez les jours sombres comme aujourd’hui, dont la réapparition vous illumine de joie et vous charmera comme dans un rêve ? Quand je décrirais aujourd’hui la vallée de Campan et Bagnères-de-Bigorre, quand j’aurais parlé de la culture, des exploitations, des chemins et des voitures, des grottes et des cascades, des ânes et des femmes, après ? après ? est-ce que j’aurai satisfait un désir, exprimé une idée, écrit un mot de vrai ? je me serai ennuyé et ce sera tout. Je suis toujours sur le point de dire avec le poète :
A quoi bon toutes ces peines,
Secouez le gland des chênes,
Buvez de l’eau des fontaines,
Aimez et rendormez-vous. »
(à suivre)
