carnet d’août 2026

vendredi21août | Fortune de Luchon
Journée de repos. Temps brumeux, bruine et pluie par intermittence. Promenade à la découverte de Luchon. En chemin, nous croiserons d’Etigny, le duc de Richelieu, Edmond Rostand. Pas de trace, en revanche, du dernier curé de Médan…
Le baron Antoine Mégret, seigneur d’Etigny (1719-1767), hérita entre autres de la seigneurie d’Etigny, dans l’Yonne, acquise par son père en 1718. Devenu intendant de la généralité de Gascogne, Béarn et Navarre, ce personnage a sa statue devant les thermes de Luchon. S’il est tant célébré, ici – outre la statue, l’allée principale du centre-ville porte son nom – c’est que Luchon lui doit son essor. En 1761, il réorganise les thermes. Il fait également percer une route qui désenclave la cité dont l’accès est désormais facilité.

L’aristocratie est affaire de familles. En 1763, d’Etigny invite à Luchon le maréchal du Plessis, duc de Richelieu. Le duc n’est pas n’importe qui. C’est une des grandes figures de l’aristocratie de son temps. Ses titres parlent pour lui. Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis, arrière petit-neveu du cardinal de Richelieu, fut duc de Fronsac puis duc de Richelieu, prince de Mortagne, marquis du Pont-Courlay, comte de Cosnac, baron de Barbezieux, baron de Cozes et baron de Saujon, maréchal et pair de France. Né à Paris le 13 mars 1696, il y mourut le 8 août 1788. S’il n’eut ainsi pas l’heur de connaître le tranchant de la guillotine, il ne fut pas moins emprisonné à la Bastille pendant quatorze mois pour avoir enfreint à plusieurs reprises la loi interdisant les duels. Il y retourna ensuite pour avoir été gravement compromis dans la conspiration de Cellamare, un complot ourdi par l’Espagne pour retirer la régence du royaume de France à Philippe d’Orléans. Ami de Voltaire, il fut élu à l’unanimité à l’Académie française le 25 novembre 1720. Ses détracteurs le soupçonnèrent d’avoir manipulé l’élection. En 1769, du Plessis revient à Luchon entouré d’une grande partie de sa cour. La réputation de la station thermale est établie. Elle ne fera que croître jusqu’à son apogée sous le Second Empire.
Un portfolio chez la reine
-o-
samedi22août | sous la croix d’Estirouns
Fiche technique – Départ de Luchon. Objectif : les granges de Labach (1039 m) par Juzet-de-Luchon et le Pas de Bourgs (1024). Retour par Sode et Juzet. Distance : 15,3 km. Durée : 4:47:11 (moyenne : 18:46/km). D+ : 540 m.

-o-
L’ascension vers le Pas de Bourgs commence dans le village de Juzet-de-Luchon que nous avons regagné à pied depuis notre résidence de Luchon, dans le voisinage de feu l’hôtel Majestic. Météo idéale. Température fraîche. Ciel nuageux avec apparitions du soleil par intermittence.

Au sortir de Juzet, une calade nous conduit jusqu’à la croix d’Estirouns (les Tirouns désignent des petits sommets arrondis). Cette croix avait jadis une fonction temporelle. Elle séparait les domaines de la communauté de Médan, plus tard appelée Bordes (les granges), et le village de Juzet-de-Luchon. Passées les granges de Hayroles, nous marchons dans les pas des bergers de Médan qui furent ici en activité jusqu’en 1486. On raconte que le curé se retrouva seul à dire la messe avant l’abandon définitif du site par les familles paysannes migrant vers des fonds de vallées plus faciles à travailler. Jusqu’au XIXe siècle, les Bordes seront exploitées de Pâques à la Toussaint. Les troupeaux étaient conduits dans les estives sous la protection de la croix. Outre les travaux agricoles, on célébrait aux Bordes la Saint-Jean, l’Assomption et la naissance de la Vierge.

La croix d’origine ayant disparu, celle devant laquelle on s’incline aujourd’hui est l’œuvre d’un habitant de Juzet qui a souhaité réhabiliter cette trace d’une mémoire collective. Seul le socle de pierre remonte aux temps anciens.
« Ce que je fais, Monsieur ? Des courses dans les bois ». Edmond Rostand.
-o-
L’album photo





-o-
dimanche23août | Rostand et la fête des fleurs
La fête des fleurs de Luchon peut s’enorgueillir de sa longévité. Elle célèbre cette année sa 123e édition. Elle a été créée en 1888 par Maurice Froyez, journaliste, homme de lettre, acteur et organisateur de spectacles, ami intime d’Edmond Rostand. La chronique raconte que l’auteur de Cyrano en serait toutefois l’inventeur après avoir lancé une joyeuse bataille de fleurs entre amis lors d’un de ses nombreux séjours dans la cité thermale.

Luchon, ville des eaux courantes
Où mon enfance avait son toit,
L’amour des choses transparentes
Me vient évidemment de toi.
extrait de Les musardises, 1890
Buste d’Edmond Rostand
Edmond Rostand avait deux ans lorsqu’il vint pour la première fois en famille à Luchon durant l’été 1870. Il y séjourna ensuite sans interruption tous les étés pendant vingt-deux ans, son père Eugène ayant fait construire la Villa Julia en bordure de la rivière La Pique, sur le Boulevard du Prince Impérial aujourd’hui rebaptisé boulevard Edmond Rostand en l’honneur du poète dramaturge. Le prince impérial n’était autre que le fils de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, qui fréquentait depuis l’enfance les villes thermales pyrénéennes. Il vint lui aussi, en famille, prendre les eaux à Luchon. Sa visite, en 1867, n’avait que confirmé et conforté la réputation de Luchon sacrée « reine des Pyrénées » sous le Second Empire. Histoires de familles, toujours.
Après la bataille…

Un sonnet
Plus tard, Edmond Rostand séjournera à Cambo-les-Bains. C’est lors d’une villégiature en pays Basque qu’il écrit le sonnet Ce que je fais en réponse à une enquête lancée par Pierre Mortier, le directeur de Gil Blas. A Luchon, on ne s’interdit pas de penser que le vers « Le tour de ma maison sur un balcon de bois » est une référence à la Villa Julia que les Luchonnais avaient surnommée le « chalet Rostand » en raison des boiseries qui en constituaient l’ossature.

Ce que je fais
Ce que je fais, Monsieur ? Des courses dans les bois,
À travers des ronciers qui me griffent les manches ;
Le tour de mon jardin sous des arceaux de branches ;
Le tour de ma maison sur un balcon de bois.
Lorsque les piments verts m’ont donné soif, je bois
De l’eau fraîche, en prenant la cruche par les hanches :
J’écoute, lorsque l’heure éteint les routes blanches,
Le soir plein d’Angélus, de grelots et d’abois.
Ce que je fais ? Je fais quelquefois une lieue
Pour aller voir plus loin si la Nive est plus bleue ;
Je reviens par la berge… Et c’est tout, s’il fait beau !
S’il pleut, je tambourine à mes vitres des charges ;
Je lis, en crayonnant des choses dans les marges ;
Je rêve, ou je travaille.
Edmond Rostand – Cambo.














