carnet d’août 2026

mercredi19août | en heureuse compagnie
Fiche technique – Départ : parking de Port du Balès (1755 m). Objectif : Pic du Lion (2102 m). Retour par le lac de Bordères (ou Bareilles, 1766 m). Distance : 12,14 km. Durée : 4:49:38 (moyenne 23:51/km). D+ : 548 m.

Nous quittons Luchon à 8 h en direction du Port de Balès, un des géants pyrénéens classé hors catégorie par le Tour de France qui y est passé à six reprises entre 2007 et 2020. Nous allons marcher en compagnie de José et Christiane, nos oncle et tante de Nègrepelisse que nous retrouvons avec joie pour ce qui s’annonce comme une belle journée. Météo idéale. Soleil radieux. Température agréable, même si lors du retour en début d’après-midi, nous ressentirons les effets de la chaleur. Le but de la randonnée est d’atteindre le Pic du Lion en empruntant la crête de Téchouède puis la crête de la Coume du Lion. Nous gravirons successivement l’Hourgue de la Fousserette (2072 m) et le Sommet Deres Hèches (2084 m), point culminant du parcours avant d’atteindre le Pic du Lion (2102 m) proprement dit.

J’éprouve toujours la même attirance pour les noms des lieux-dits. En gascon, Hourgue désigne une brèche, un gouffre ou un passage. Fousserette trouve son origine dans la racine fos- qui a donné fossé et désigne une excavation ou une tranchée. Hèches signifie une « bande de terre » (Hèishas en gascon) plutôt cultivable. Quant au pic, comme tous les pic du Lion existant dans le monde (en Chine et Afrique du Sud), il doit son nom à la courbe que dessine le sommet et ses crêtes en forme de félin accroupi.

Ce balcon offre entre autres une vue sur le Pic du Midi de Bigorre que l’on situe sans peine grâce à son observatoire. Très belle vue panoramique du Pic du Lion d’où l’on devine la station de ski des Agudes située au-delà du col de Peyresourde, autre géant du Tour. La chaîne des hauts sommets pyrénéens s’étire au loin tel un vaste décor de roches millénaires. Une longue descente nous amène jusqu’au lac de Bordères où nous effectuons la pause déjeuner. Retour par le GR de Pays Tour d’Oueil Larboust. Il n’y a pas de plaisir plus grand que de marcher avec des gens qu’on aime.

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jeudi20août | la vie perdue de Jean Cristau
Fiche technique – Départ de Luchon. Objectif : le village de Cazarilh-Laspènes. Aller-retour par le même sentier. Distance : 7,28 km. Durée : 3:00:36 (avec un arrêt prolongé à l’église de Cazarilh). Moyenne : 24:50/km. D+ : 405 m.

Toujours en compagnie de José et Christiane, nous grimpons ce matin jusqu’au village de Cazarilh-Laspènes. Le temps est brumeux et humide. En chemin, quelques vues aériennes sur Luchon.

Une calade en fin de montée. On devait jadis emprunter cette voie à cheval. Le village est coquet. Maisons anciennes rénovées dans l’esprit du lieu. Un homme coupe du bois en prévision de l’hiver. On sent ici la vie apaisée, à l’écart de la cacophonie du monde. La commune a connu un pic de population en 1831 avec 213 habitants. Elle n’en compte plus aujourd’hui que 13. L’histogramme démographique donne la mesure de l’inexorable exode rural qui a débuté ici à la fin du XIXe siècle.

L’église Saint-Martin est de style roman. Chevet typique. Intérieur sobre. Scellées sur la façade, des stèles représentant des personnages attirent le regard. Il s’agit, pour la plupart, de cippes funéraires à l’effigie des défunts datant de la période gallo-romaine. Il existe aussi dans la région des remplois d’autels votifs dédiés aux divinités du panthéon pyrénéen qui ont fait l’objet de cultes avant la conquête romaine. J’avoue que j’ai trouvé un moment séduisante l’idée de la représentation d’une déesse anthropomorphe sur la cippe ci-dessous. Mais l’archéologie est formelle. Il s’agit d’une défunte dont, faute d’inscription, le nom nous est inconnu.

Le monument aux morts rend hommage à six Cazapénois morts pour la France durant la première Guerre Mondiale. Avec trois victimes, l’année 1916 fut la plus meurtrière. Parmi elles, deux membres d’une même famille – deux frères ? – tués à un mois d’intervalle : Jean Jouaneton le 4 août et Jean-Marie le 5 septembre. La liste des noms gravés sur le monument est précédée de la mention pacifiste : « Maudite soit la guerre ».

Dans un recoin du cimetière adossé à l’église, quelques croix abandonnées dont celle de Jean Cristau, décédé le 20 juillet 1877 à l’âge de 18 ans. La généalogie m’apprend que ce patronyme est historiquement ancré dans le Luchonnais. Jean était un enfant du pays. Il a vécu à une époque où la population comptait 100 habitants (recensement de 1876). Même s’il avait déjà beaucoup perdu d’habitants depuis 1821, le village était encore en pleine activité. Mais à quel métier Jean se destinait-il ou exerçait-il déjà ? Quelle fut la cause de sa disparition ? Un accident ? La maladie ? Je ne sais rien de cette vie perdue qui se résume à une inscription sur une croix de pierre. J’y pense sur le chemin du retour. Pourrais-je jamais écrire la vie imaginaire de Jean Cristau ? Au cimetière de Cazarilh, pleurent seules les chrysanthèmes.

Hotarrius et Senarria

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