Phrag/mes

« Le poème est partout » – Yòrgos Sefèris


Petits poèmes parisiens #2 | N’ayons pas peur des mots

poèmes écrits le samedi 13 juin 2026

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j’étais assis dans un café
de l’avenue des Gobelins nommé
L’Entracte
un de ces cafés typiques de Paris
toilé de rouge
avec ici rayures d’un blanc crémeux
un de ces cafés
dont un article lu je ne sais où
me dit que peu à peu
ils disparaissent
comme tout disparaît
comme passent les heures
et les passants eux-mêmes
indifférents au trouble

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pour peu que l’on s’attache
aux personnes que l’on croise
sans voyeurisme
mais attention
même furtive
on réalise
combien d’entre elles souffrent
à proportion de notre indifférence

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je lis dans Le Monde
que depuis l’invention de Gutenberg en 1450
le livre imprimé
ne pourrait être qu’une parenthèse
dans l’histoire des hommes
ce qui me conforte — hélas — dans la pensée
que nous plongeons dans les abîmes

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j’emprunte à
Edward Estlin Cummings
l’incipit de cette nouvelle série de
PPP
lui est — raconte-t-il —
assis au mcsorley
dont j’apprends sur internet
qu’il est l’un des plus vieux bars de Manhattan
fondé en 1854
assis donc il note dans son carnet
les attitudes
les gestes
les conversations
sujet
trame
qui constituent
le décor de son poème
— une salve d’humanité

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les scientifiques
spécialisés dans l’étude des évolutions climatiques
ne cessent d’alerter l’opinion mondiale
sur les dangers
que représente le réchauffement
pour la planète et le vivant
mais à l’accumulation des données prouvant
que la maison brûle
les dirigeants de ce monde
sans exception notable
tournent le dos
et font la sourde oreille
ils devraient répondre un jour
de leur inaction coupable
l’impunité des puissants nous pousse dans le précipice

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si je devais
face à la tragédie du monde
rechercher quelque apaisement
à condition qu’il ne puisse être perçu comme
un renoncement
une concession criminelle
je dirais que
la seule terre habitable serait pour moi
et sans conteste
la poésie

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je ne sache pas
que le temps
joue en notre faveur
ou alors
cela signifierait
que je n’ai rien compris
à la parole de Jésus
ce qui inévitablement
me ferait éprouver la crainte
qu’il soit mort pour rien

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la
longue
file
d’attente
des mots
qui frappent
à la porte
du poète
atteste
de la confiance
qu’ils placent
dans sa plume

ils ne savent jamais où ils vont et pourtant
ils s’engagent

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il dit
qu’il passera le reste de ses jours
au décompte des heures

il ne sait pas encore
que les heures
se moquent de nos comptes
elles aspirent
à d’autres horizons
que le nôtre

comme la mer
l’océan
les cimes

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quand je dis que la ville m’absorbe
je ne pense pas
qu’elle me dévore
ni qu’elle m’éponge
ou encore qu’elle m’efface

au contraire

elle me grandit
m’accompagne
ne lève certes rien de mes doutes mais
elle me révèle
comme on le dit d’une photographie
dans l’attente
du point de jour

NB – photos prises avec l’appareil instantané Instax mini12 de Fujifilm le samedi 13 juin 2026 entre 15 h et 17 h dans le treizième arrondissement de Paris, tour à tour dans les rues Küss, du Tage, au jardin du Moulin de la Pointe, sur l’avenue d’Italie, la place d’Italie et l’avenue des Gobelins.