Phrag/mes

« Le poème est partout » – Yòrgos Sefèris


Petits poèmes parisiens #1 | passages d’ombres

poèmes écrits le mercredi 10 juin 2026

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il pleut par intermittence
sur l’avenue des Gobelins
le temps presse le pas
sous des parapluies de couleurs

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aucune rue
aucune avenue
aucun parc
ne renonce

la quiétude est un luxe
le bonheur une effraction

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la Une du journal
donne du monde
une image sévère
les titres coulent
sous l’encre de l’insupportable

Place d’Italie vue de l’avenue des Gobelins. Mercredi 10 juin 2026, 18 h 24.

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les enfants dessinent
des arcs-en-ciel
sous les arches du pont
qui les relie
sans qu’ils le sachent encore
à leur futur

la vie les tient
dans sa main malhabile
percluse de promesses

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à la place du temps
des friches
des garrigues

il bêche le présent
avec la détermination
de ceux qui
— déjà —
savent

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nous serons sauvés
au prix des mots
que nous auront tenus
droits dans nos pages
à l’écart de la brume
des vases insalubres
et de la saleté du monde

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mes os craquent
signe que la vieillesse approche
à pas de louve
passante intrépide et
parfois
nonchalante

je ne redoute pas la mort
l’ailleurs n’appartient à personne

Trame (par une fenêtre du Grand Palais). Jeudi 11 juin 2026, 11 h 22.

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préserver les paroles
qui tranchent avec
la platitude
le consensus
le mensonge
tout ce qui, d’une manière ou d’une autre,
concourt à l’endormissement des masses
au froissement des mots,
à leur piétinement quand
la vie brûle
et que, par lassitude ou paresse,
nous fermons les yeux

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tu n’es pas sans savoir
que tour à tour
la ville me lacère
et m’exalte
que je ne peux
vivre sans elle
que je la tiens
pour le cœur qui palpite
et l’horizon
comme une page
où s’écriront mes derniers mots
dans un éclat solaire

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dans les rues
les sentiers
les pierres
les pavés
j’ai recherché partout
les passages secrets
je n’ai trouvé que sable
et sous le ciel
de la ville inconnue
les trames du silence