Carnet de mai (4)

mercredi13mai | un vivant préservé
L’après-midi, sortie dans les Prés Salés jusqu’à Jane de Boy que nous n’atteindrons pas. La marée haute reprend ses droits et nous prive de parvenir au but de la balade longue, au final, de quelque treize kilomètres.

La réserve naturelle des Prés Salés s’étend sur une surface de 330 hectares. Le paysage y change d’aspect selon les saisons et les marées. Nous sommes ici au cœur d’un vivant préservé. C’est le printemps. Les oiseaux s’en donnent à cœur-joie. Le site internet dédié au lieu parle alors d’un « spectacle auditif ». J’entends mais je ne suis pas sûr qu’il soit pertinent de réduire la nature à un spectacle. Ce qui s’offre à mon regard quand je marche dans les Prés Salés n’est rien moins que la simple vérité des choses. C’est le monde tel que nos sociétés prédatrices s’appliquent à le détruire. Et il le sera, soyons-en convaincus, en dépit des efforts déployés par quelques-uns pour le préserver.
Portfolio | Les Prés Salés d’Arès-Lège (2)
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jeudi14mai | deux cent soixante-douze
La pluie est annoncée. Nous partons à Bordeaux. Le matin, visite de la Cité des vins, gigantesque architecture futuriste en bord de Gironde, dans le quartier anciennement populaire et aujourd’hui gentrifié des Chartrons. Le lieu est dédié aux vins de Bordeaux et du monde. Il est pris d’assaut en ce jour férié. Déjeuner dans la vieille ville. Les grains se succèdent, contrariant nos déambulations. Les passants dont nous sommes trouvent refuge sous les porches.



Je me rue chez Mollat où j’achète les trois volumes de la Pléiade donnant droit à l’album consacré cette année à Alexandre Dumas père. J’empoche les deux volumes sous coffret de Dumas rassemblant ses romans La Reine Margot, La Dame de Monsoreau et Les Quarante-cinq ainsi que, pour accéder à l’offre, les Mélanges de Voltaire. Cet achat porte à deux cent soixante-douze le nombre de volumes de ma collection. Il est temps de rentrer. Le ciel menace. Je me sens bien.
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vendredi15mai | esquisses
[après la pluie]
le soleil
aujourd’hui
s’attribue le beau rôle
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vert tendre : la couleur du printemps.
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sur ce banc
plus vieux que mes souvenirs
la silhouette du pêcheur
dans les filets de ma mémoire
la veille encore
il fumait sa Disque Bleu enrobée de papier Job
qui sait pour qui
il tisse aujourd’hui
d’une main aveugle
les mailles d’un filet imaginaire
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samedi16mai | chez Montesquieu
L’heure du départ a sonné. Valises bouclées. Un dernier regard sur le Bassin depuis la maison. Nous reviendrons. Il est des lieux qu’on ne quitte pas.

Nous nous disons au-revoir devant un café consommé en terrasse sur le front de mer d’Andernos puis nous prenons la direction de La Brède. Nous y ferons étape pour visiter le château où a vécu Montesquieu quand ses fonctions ne le retenaient pas à Paris ou Bordeaux. Le ciel, obstinément tenace, n’est pas de la partie. Nous mangeons dans la voiture garée sur le parking face à l’église romane du bourg. Une boulangerie, en bord de route, sert des cafés. Au château, nous devons attendre. Le gardien est ponctuel. A l’heure pile, il ouvre la grille. Entre deux averses, nous profitons du parc. La visite commence. Le château a été remanié par ses propriétaire successifs. Quelques éléments du temps de Montesquieu néanmoins demeurent. Dans sa chambre, un bureau lui ayant appartenu. Je me plais à l’imaginer assis, écrivant, accoudé à sa table de travail. Une porte ouvre sur une chambre minuscule où logeait le secrétaire. Montesquieu dictait. A toute heure du jour et de la nuit. Il y eut ici, dit-on, un défilé de serviteurs vite épuisés par les exigences du maître. Je crois en la persévérance des âmes dans les boiseries. Il est temps de reprendre la route. Ce soir, étape au 31 à Carcassonne. Demain, direction le 172 à Montpellier. Il faudra vite s’atteler à la mise au net des quelques — trop rares — notes prises au jour le jour puis travailler de mémoire. Je n’écris pas assez. Les jours passent.









