Phrag/mes

« Le poème est partout » – Yòrgos Sefèris


Autobiographie, journal #9 | infini, sensations & merveilles

carnet d’avril 2026

Composition minérale. Gorges d’Héric. 13 avril 2026, 14 h 05.

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jeudi2avril | « mon âme est triste à en mourir »

Pâques approche et comme chaque année à cette période du temps liturgique, je me replonge dans les récits de la Passion avec, en boucle sur ma platine, la Passion selon Saint-Matthieu de Bach. De tous les épisodes qui se succèdent, de la Cène au crucifiement, c’est celui de Gethsémani qui m’émeut et me questionne le plus.
A Gethsémani où il s’est rendu accompagné de trois disciples – Pierre et les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean – Jésus se retire seul pour prier. Tour à tour Marc et Matthieu décrivent la même scène.
Récit de Matthieu (26, 36-38) : Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani, et il dit aux disciples : « Restez ici tandis que je m’en irai prier là-bas ». Et prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse. Alors il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi ».
Récit de Marc (14, 32-34) : Ils parviennent à un domaine du nom de Gethsémani et il dit à ses disciples : « Restez ici tandis que je prierai ». Puis il prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à ressentir effroi et angoisse. Et il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir ; demeurez ici et veillez ».

Crucifiement. Eglise Saint-Gervais, Paris.

11 novembre 2023, 17 h 46.

Quant à Luc (22, 43-44), il est le seul des évangélistes à rapporter un événement singulier qui se produit peu après la confession de Jésus. Luc raconte qu’un ange s’approche de Lui pour le réconforter dans sa détresse et qu’alors, « sa sueur devint comme des gouttes de sang, tombant sur le sol ». Ce fait, dans l’agonie de Jésus, m’a toujours impressionné. C’est un phénomène connu en médecine sous le nom d’hématidrose, une pathologie extrêmement rare, possiblement causée par le stress et l’angoisse.

Lisant et relisant ces textes, c’est toujours la même confiance dans l’humanité de Jésus qui me saisit.

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samedi11avril | reconquête

La capsule Orion freinée par ses parachutes avant l’amerrissage. (Capture d’écran).

Cette nuit, la capsule Orion, rebaptisée Integrity par l’équipage de la mission Artemis II, entre dans l’atmosphère terrestre puis amerrit dans le Pacifique. Les trois astronautes, deux hommes et une femme, sont de retour « à la maison ». Le 6 avril, ils ont survolé la face cachée de la Lune à une distance de 6 545 km de la surface lunaire. Dans le même temps, ils se trouvaient à 406 771 km de la Terre, battant ainsi le record de la mission habitée la plus éloignée de la Terre détenu jusqu’alors par Apollo 13 avec une distance de 400 171 km. La reconquête de la Lune est lancée. Je ne peux nier qu’un frisson d’émotion me traverse lorsque les images d’Orion entrant dans l’atmosphère apparaissent sur les écrans. Il est près de 2 h du matin. Je suis bouche bée devant la chaîne YouTube de la Nasa qui retransmet l’événement en direct comme je le fus, le 21 juillet 1969, devant la télévision noir et blanc de la résidence des hauts cantons de l’Hérault où nous passions l’été, lorsque Neil Armstrong a posé le pied sur la Lune. A cinquante-sept ans de distance, je n’ai pas changé.

Quartier de Lune. Ciel de Carcassonne. Lundi 20 avril 2026, 20 h 51.

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samedi11avril (2) | Corelli forever

(saison musicale # 8)

Arcangelo Corelli (1653-1713) a été un violoniste et chef d’orchestre fameux en son temps ainsi qu’un compositeur reconnu. Et pourtant, il a très peu écrit. Son œuvre est mince comparée à celles de ses contemporains Vivaldi, Telemann ou Bach. Corelli doit son influence et son rayonnement au nombre de copies de ses partitions qui ont circulé en quantité dans toute l’Europe. Il est en particulier un maître incontesté de la sonate en trio, un genre qu’il porte à son apogée. La sonate en trio se compose de deux lignes mélodiques généralement interprétées au violon et d’une basse continue qui peut être confiée à un ou plusieurs instruments (violoncelle et clavecin par exemple), ce qui offre aux compositeurs inventifs un champ de créativité sans limite. Corelli joue de cet infini. C’est pour cela qu’il est adulé, imité et dans bien des cas inégalé.

L’ensemble Le Consort sur la scène du Corum. samedi 11 avril, 20 h 19.

Emerge aujourd’hui une génération de jeunes musiciens qui se consacre au répertoire baroque et le revisite sans complexe au regard du travail accompli par ses illustres aînés. C’est le cas du Consort formé par Théotime Langlois de Swarte (violon), Sophie de Bardonnèche (violon), Hanna Salzenstein (violoncelle) et Justin Taylor (clavecin). Ces quatre-là sont en résidence à l’opéra-orchestre de Montpellier pour la deuxième saison consécutive et donnaient ce soir leur deuxième concert dans le cadre de cette résidence. Le programme était construit autour de Corelli avec des œuvres de compositeurs qui ont été influencés par son œuvre ou l’ont étudiée avec attention. Parmi eux, Pignolet de Montéclair, Dandrieu, Telemann, Gabrielli, Albinoni, Vivaldi, Marini, Merula et Jean-Sébastien Bach. C’est un feu d’artifice que Le Consort a offert au public montpelliérain qui adore cette formation et le lui fait savoir par des salves d’applaudissements enthousiastes.

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dimanche12avril | éternelle Traviata

(saison musicale # 9)

Suite de la saison musicale cet après-midi avec la dernière des six représentations de La Traviata toutes données dans le cadre de rêve qu’est l’Opéra Comédie pour le répertoire lyrique.

Le rideau de scène de l’Opéra Comédie. 16 h 46.

On raconte que Verdi aurait commencé l’écriture de ce chef d’œuvre à Paris, après avoir assisté en 1852 à une représentation de La Dame aux Camélias, le roman d’Alexandre Dumas fils adapté à la scène par le romancier lui-même. Le compositeur alors au faîte de sa gloire n’aurait pas attendu de disposer du livret confié à son librettiste attitré, Francesco Maria Piave, pour se mettre au travail. Un coup de tête pour un coup de foudre !
La Traviata clôt la « trilogie populaire » de Verdi composée entre 1851 et 1853 avec Rigoletto, Il Trovatore et cette Femme égarée (Traviata en italien) qui, par son intensité dramatique, couronne le cycle de la maturité verdienne.
Pourtant, lors de sa création à la Fenice de Venise le 6 mars 1853 dans des conditions qui déplaisent au compositeur, le public se montre réticent, désorienté par la nouveauté de l’œuvre qui, par bien des aspects, à commencer par le sujet lui-même, est alors jugée immorale. Cette première Traviata obtient un succès mitigé. Si le prélude et l’acte I sont applaudis, les interprètes et Verdi lui-même sont hués dès l’acte II. « La Traviata est un fiasco » écrira le compositeur dépité à l’un de ses amis.
Autant dire que ce jour-là, le public vénitien a tout faux. Il faut attendre 1854, toujours à Venise, pour que l’opéra triomphe enfin avant de connaître la consécration à Milan en 1856. La Traviata est aujourd’hui l’opéra de Verdi le plus joué au monde. Il ne faut jamais jurer de rien.

Ovation lors des saluts pour la dernière de La Traviata à l’Opéra Comédie. 19 h 41.

Source : livret-programme de la coproduction montpelliéraine. Textes de Benjamin François, Marguerite Haladjian et Jérémie Rousseau.

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« la Musique est la science des sons, en tant qu’ils sont capables d’affecter agréablement l’oreille, ou l’art de disposer et de conduire tellement les sons, que de leur consonance, de leur succession, et de leurs durées relatives, il résulte des sensations agréables. »
Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, 1765

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mardi13avril | Portfolio à Olargues

Le village d’Olargues.

Depuis hier, nous sommes accueillis à Olargues, dans la maison de Pierre qui sera notre guide. Au programme : randonnée quotidienne jusqu’à notre départ vendredi, seulement si le temps le permet, mais le temps le permet. Le vent souffle. Le soleil brille. Il fait même déjà chaud par moments. Nous irons d’effrois en émerveillements. Tout ceci raconté dans le Carnet d’Olargues.

Construit autour d’un ancien castrum où ont été mis à jour des vestiges d’habitations anciennes, le village a été fortifié au Moyen-Age et le château fort bâti au XIIe siècle. Il subsiste de cette époque l’ancien donjon devenu le clocher de l’église Saint-Laurent et le Pont du Diable qui enjambe le Jaur. D’autres vestiges témoignent des fortifications qui, comme tant d’autres dans la région, ont subi dans les années 1210 les assauts des soudards de Simon de Montfort lors de la tragique croisade contre les Albigeois. La commune est aujourd’hui classée parmi les plus beaux villages de France.

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lundi20avril | temps présent

Cette semaine sera, je l’espère, vouée à l’écriture. J’arrive à Carcassonne en milieu de matinée. Il fait beau. Je m’installe. La végétation a poussé depuis ma dernière visite. Les arbres déploient leurs feuillages. Le printemps fait feu de tous bois.

Jardin. 10 h 35.
Lire, écrire. 16 h 05.
Iris jaunes. 20 h 28.

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mardi21avril | réinventer le ciel

Tous les jours des gens comme moi, qui ne demandent rien à personne, qui voudraient simplement vivre, meurent sous les bombes. Nous régressons. Nos idéaux sont perdus. Ma langue reste collée au fond de ma bouche. J’ai parfois le sentiment de l’avoir perdue et que tous les efforts que je fournis pour la retrouver demeurent vains.

Il suffirait pourtant de peu
une gemme
pour effacer l’infâme

Si je veux vivre, faire la paix, je dois réinventer le ciel, trouver dans les mots la consistance qui manque à mon corps pour me hisser hors de portée des ravages.

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L’instax #2 | une procession

série réalisée dans les rues de Carcassonne mercredi 22 & jeudi 23 avril 2026

Une procession
de rideaux baissés
ville morte

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samedi25avril | Portfolio à Navacelles

Nous quittons la ville tôt le matin pour nous rendre au Cirque de Navacelles. C’est un lieu que nous n’avons encore jamais visité. Nous marcherons le long de la Vis, petite rivière au caractère imprévisible.

Les fortes précipitations de l’hiver ont laissé des traces sur les rives. Ici et là s’entassent des embâcles. La journée est lumineuse. Les paysages flamboyants de rumeurs printanières. Toute cette beauté sauvage m’enchante.