Marie Rouanet, Les enfants du bagne, Petite Bibliothèque Payot, 1992.

Description du vieux Béziers
Marthe Bouvier, je l’ai rencontrée dans un quartier populaire du vieux Béziers, le Capnau, constitué d’une succession de maisons étroites sur un ou deux niveaux, avec une pièce par étage. Les rues y sont d’avant la voiture : on se touche la main, dans certaines, de fenêtre à fenêtre, et l’une des rues est même constituée de grands escaliers. Tout près, la basilique annonce les offices à volées de cloches et frappe les heures. Tout près aussi, la grande église des Consuls s’ouvre le soir sur une poignée de dévotes qui viennent du chapelet ou de la messe. Des institutions religieuses, un orphelinat et un couvent de clarisses discret achèvent de faire à ce quartier une ceinture pieuse, comme s’il convenait de bien tenir le peuple. Le chant psalmodié des clarisses est audible depuis la rue silencieuse et, lorsque j’étais enfant, mon cœur se serrait en entendant cette prière haut perchée, fidèle, imperturbablement présente. L’ensemble est gai et vivant, pourtant. Une école ancienne réveille les rues, à heures fixes, de sa rumeur, et sous une statue blanche et bleue, rue de la Vierge, un boulanger antédiluvien cuit au feu de bois un pain tordu et délicieux.
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N-B : à la mémoire de Marie Rouanet qui vient de nous quitter sans bruit, ce dimanche 25 janvier 2026 au petit matin.
