Scène galactique

En 2015, trois milliards d’images circulaient chaque jour sur les réseaux sociaux. 

Chaque jour, nous recevons via télescopes, satellites et sondes spatiales, des quantités d’images composant un visage de l’univers.

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Les images nous aspirent au point qu’elles nous pensent. 

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Infinite Space est un film sonore de 11 minutes créé en 2019 sur une commande de l’espace artistique immersif Artechouse de Washington. Refik Anadol, son créateur, y revisite la déclaration de William Blake : « Si les portes de la perception étaient nettoyées, tout semblerait infini ». L’artiste opère ce nettoyage au moyen des outils qu’offre la machine au XXIe siècle. L’œuvre a été présentée lors du festival Hors pistes au centre Georges Pompidou du 24 janvier au 9 février 2020. On peut lire dans le guide de présentation : « Infinite space invite les publics à ouvrir leurs sens à la transformation sans fin et aux possibilités infinies de l’intersection de l’homme et de la machine ».

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Comment construire – hors des châsses – dans les soubassements sauvages ? 

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Il advient des choses extravagantes au fin fond, telle cette « scène galactique » que la Nasa diffuse sur son compte Instagram : « Deux amas de galaxies, contenant chacune des centaines de galaxies, sont entrés en collision il y a des millions d’années et se sont liées selon les lois de la gravité. Maintenant, un trou noir supermassif déchire les deux sur une scène galactique. Le jet de particules chassé du trou noir est si puissant qu’il plie la forme du pont qui relie les deux amas. Il s’étend sur plus de trois millions d’années-lumière et a une masse d’environ six billions de soleils. » La masse du soleil s’élève à 1,989 x 10^30 kg.

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Vibrations
Capture d’écran du film Infinite Space

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« Peu à peu nous découvrîmes l’Abîme infini, semblable au brasier fumant d’une cité incendiée. Très loin en dessous de nous à une distance considérable brillait le soleil. Il était tout noir, entouré d’un lacis de routes en feu où circulaient des araignées géantes, chassant leurs proies, lesquelles volaient ou nageaient dans les profondeurs de l’abîme sous forme d’animaux monstrueux nés de la pourriture ;

& lesquels pullulaient dans l’air qui semblait fait de leur substance. Ce sont les Démons, on les appelle Puissances de l’Air. Je demandai alors à mon compagnon qu’il me montre mon sort éternel. Il me répondit : Là-bas, entre les araignées noires & les araignées blanches ».

William Blake

Jusque-là, me suis tu. Ai fermé une à une les portes de ma perception ? Rien écrit au sujet de la rouille. Rien, encore, sur les sonorités marines, la convalescence des algues, les remuements plastiques. Seuls, coups répétés de l’archet sur la corde, fibres d’un corps en vibration. Sans fin. Un horizon à distance de l’homme et de la machine.

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Sources : Infinity space, guide du festival Hors pistes 2020, centre Georges Pompidou. William Blake, extrait du poème Une vision mémorable, in Le mariage du Ciel et de l’Enfer, traduction Jacques Darras (Poésie Gallimard).

29 février-7 novembre 2020-19 février -11 mars 2021