c’était ainsi derrière une porte cochère massive un escalier de bois couvert d’un tapis de velours rouge une rampe à chaque étage un interrupteur lumière pâle tremblante des craquements sous les chaussures des grincements de gonds des pleurs d’enfants des enveloppes sous les portes
c’était ainsi au cinquième sans ascenseur c’est ici qu’il vivait le quartier l’avait choisi ou plutôt appelé deux pièces fenêtres sur cour ici que nous nous retrouvions ici qu’il me racontait la rue disparue le salon de coiffures pour dames la fleuriste mais tenait-elle toujours dans sa main une branche de mimosa ?

c’était ainsi sur des étagères vieux livres aux couvertures jaunies un souvenir d’école maternelle l’oreille attentive aux nouvelles dans les grésillements du poste de radio la tasse de café fumante et les biscuits le craquement des chaises
c’était ainsi chaque dimanche un rituel il reste un fond de liqueur dans le placard sous l’évier rappelez-vous, murmurait-il de sa voix frêle nous sortirions la rue serait glissante encore mais patience l’été bientôt les parterres fleuris les sourires
c’était ainsi tout un défilement d’images comme au cinéma sur la façade en trompe l’œil des visages accoudés au balcon une haie d’aubépines un soupir en passant
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Texte écrit le 17 mars 2026 dans le cadre de la séance du mardi des Ateliers du Tiers Livre animés par François Bon.
