Phrag/mes

« Le poème est partout » – Yòrgos Sefèris


un dimanche

c’était ainsi     derrière une porte cochère     massive     un escalier de bois couvert d’un tapis de velours rouge     une rampe     à chaque étage     un interrupteur     lumière pâle     tremblante     des craquements sous les chaussures     des grincements de gonds     des pleurs d’enfants     des enveloppes sous les portes

c’était ainsi     au cinquième     sans ascenseur     c’est ici qu’il vivait     le quartier l’avait choisi ou plutôt appelé     deux pièces     fenêtres sur cour     ici que nous nous retrouvions     ici qu’il me racontait la rue disparue     le salon de coiffures pour dames     la fleuriste mais      tenait-elle toujours dans sa main une branche de mimosa ?

Fleurs d’artifice. Rue Piat, Paris (20). samedi 7 mars 2026, 11 h 27.

c’était ainsi     sur des étagères     vieux livres aux couvertures jaunies     un souvenir d’école maternelle     l’oreille attentive aux nouvelles dans les grésillements du poste de radio     la tasse de café     fumante et     les biscuits     le craquement des chaises 

c’était ainsi     chaque dimanche     un rituel     il reste un fond de liqueur dans le placard sous l’évier rappelez-vous, murmurait-il de sa voix frêle     nous sortirions     la rue serait glissante    encore mais patience    l’été bientôt    les parterres fleuris    les sourires

c’était ainsi     tout un défilement d’images     comme au cinéma     sur la façade en trompe l’œil     des visages accoudés au balcon     une haie d’aubépines     un soupir     en passant

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Texte écrit le 17 mars 2026 dans le cadre de la séance du mardi des Ateliers du Tiers Livre animés par François Bon.