Phrag/mes

« Nous courons dans l’incendie du monde » – René Nelli


Autobiographie, journal #3 | prélever, inventer, poursuivre

carnet de décembre 2025

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lundi1décembre | matière

Paterson. Chez William Carlos Williams, insistance à confronter écriture et réalité. Le texte, une accumulation de situations, images réelles ou mentales, souvenirs incertains, couleurs, sensations,
bricolé – écrire est un artisanat – à partir de bribes par quoi le scripteur est traversé, qu’il est parvenu tant bien que mal à saisir,
et de cette matière informe, malléable, mouvante, éphémère,

faire littérature.

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Ce que je pourrais prélever d’un instant de réalité et en faire matière d’écriture.

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(ou dit autrement) astreinte quotidienne : puiser dans la réalité qui me traverse matière d’écriture à partir de quoi pousser les murs de la langue en même temps que du réel.

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A quel moment saurons-nous si, oui ou non, nous méritons le ciel ?

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jeudi4décembre | diable

« Comment allez-vous empêcher le diable de sévir si vous pensez qu’il n’existe pas ? »
(Extrait de la série Stranger Things, Saison 4 épisode 6).

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vendredi5décembre | la carapace des coléoptères

je n’aime pas la nuit, toujours revêche, elle désobéit, réduit
en poussière les rêves, elle ne connaît pas la langue des fantômes, des créatures, des orfèvres, jamais la même veste ni le même visage, jamais la même étendue, le même spectre, toujours ondulante, comme la mer toujours, évanescente jusque dans l’énigme, la carapace des coléoptères, les lacs asséchés, les marbrières assignées comme toute personne en somme, vous, moi, sans ombre, sans futur, juste un revers de main, sans regret, et quelques pas de danse.

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mardi9décembre | autre monde

Le 12 janvier 1953, le pianiste Vladimir Horowitz célébrait son jubilé d’argent lors d’un concert au Carnegie Hall de New York, sa ville d’adoption. Parmi les pièces au programme, la sonate numéro 9 opus 68 de Scriabine dite Messe noire. Il s’agit de l’une des œuvres ultimes du compositeur, écrite entre 1912 et 1913. Elle frappe par sa forme singulière, un seul mouvement, et son écriture résolument atonale qui donne le sentiment du chaos dans lequel l’Europe de ce début de siècle ne va plus tarder à sombrer.
Ce soir-là, Horowitz se lance à l’assaut, clavier battant. Dans l’enregistrement qui immortalise ce moment, on entend, dès les premières notes, les cliquetis sauvages des esprits malins. Ils frappent aux portes de nos cerveaux et les dévorent. Ces fantômes ont les dents maculées du sang de nos artères. Ce sont des dents noirâtres affutées comme des couteaux. Les ombres gaiement dansent sur le plancher qu’elles déchirent de leurs talons. Elles dansent en cadence la valse des damnés. Elles sont, pour la plupart, les ombres d’hommes et de femmes déchus de leur horizon, âmes apeurées, vagabondes, les joues creuses, abandonnées, leurs yeux comme si une main hostile les avait arrachés dans un accès de colère et de griffes parce que, déplorent-elles, le monde est sale, on y crache au sol comme on lave sa bouche dans le vinaigre – c’est répugnant, s’exclament-elles, effarées – et le soleil disparaît derrière des chapelles de linteaux blafards. Il y a malgré tout, par-delà le bouge infâme, une échappatoire sous la forme d’un trou de serrure par où s’infiltre un rai de silence. On meurt seul sous des monticules d’indifférence, les yeux mi-clos et l’on savoure enfin la paix de l’autre monde en murmurant que dieu existe. Nécessairement.

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mercredi10décembre | Vivaldi au défi

(saison musicale #5)

« Transis, nous tremblons dans la neige glacée,
Sous le souffle sévère d’un vent terrible ;
Nous courons en frappant le sol de nos pieds,
Et, dans le gel excessif, nos dents claquent ».
L’hiver

En 1725, paraît à Amsterdam chez le libraire Michel Le Cène un recueil de douze concerti signés Antonio Vivaldi sous le titre Il cimento dell’armonia e dell’inventione, littéralement La confrontation (ou l’épreuve) entre l’harmonie et l’invention. Mon traducteur IA me suggère « le défi ». J’adopte car c’est bien de cela qu’il s’agit, un défi, sous la plume d’un compositeur déjà aguerri, âgé de 46 ans (les concerti ont été composés en 1724) et qui se propose de donner en musique une description la plus imagée possible des saisons avec leurs couleurs, leurs odeurs, leurs signes distinctifs (le froid, la lumière, l’ocre, le gel, la brume…), leur atmosphère. On entend dans d’autres œuvres de Vivaldi, ses opéras notamment, des grondements de tonnerre, des roulements de pierres, des détonations guerrières ou les caresses lumineuses d’un soleil naissant. Vivaldi excelle dans la musique descriptive, d’autres s’y essaieront à leur tour avec succès.

La musique certes. La musique évidemment. Mais pas seulement. Vivaldi, en effet, place sur sa partition, au-dessus de chaque portée, des vers entrant en résonance avec ce que sa musique cherche à évoquer. Quatre sonnets accompagnent ainsi chacun des quatre concerti. Faute de source attestée, ils sont attribués à Vivaldi lui-même qui, dans l’épître dédicatoire de l’édition princeps, estime que la confrontation du texte et du son confère à ses compositions « le statut de nouvelles œuvres ». Un ars nova, en quelque sorte. Pour l’une des toutes premières fois en effet dans l’hitoire de la musique, poésie et musique cheminent côte à côte et s’épaulent dans l’exploration des infinis de l’expressivité. Un vent nouveau se lève.

Les Quatre Saisons de Vivaldi par Théotime Langlois de Swarte et l’orchestre Le Consort

« La foudre et le tonnerre, choisis pour l’annoncer,
Déchirent le ciel et l’enveloppent d’un manteau noir.
Puis, une fois calmés, les oiseaux
Retrouvent leur chant enchanteur ».
Le printemps

L’autre défi, aujourd’hui, est d’ajouter à une discographie déjà titanesque, un énième enregistrement des Quatre Saisons. Mais la nouvelle génération d’interprètes du répertoire baroque n’a peur de rien. Théotime Langlois de Swarte et son orchestre Le Consort en témoignent. Ces musiciennes et musiciens ont du talent. Ils ont par surcroît l’audace de la jeunesse. Dans le répertoire baroque dont ils ont fait leur terrain de jeu, nullement intimidés par l’apport essentiel de leurs illustrissimes aînés, ils osent tout. C’est à cela qu’on reconnaît l’intelligence qui préside à chacune de leur geste musicale.
Voilà pourquoi les Quatre Saisons de Vivaldi par Le Consort n’est pas un disque de plus mais un défi qui consiste à poser un regard neuf sur des œuvres que l’on croyait connaître tant on les avait entendues alors que leur secret ne se laisse pas si facilement percer.
Dans le livret qui accompagne le disque sorti chez Harmonia Mundi, Théotime Langlois de Swarte raconte qu’il doit à « l’écoute obsessionnelle » des Quattro Stagioni d’être devenu violoniste, plus spécifiquement poussé vers le répertoire baroque. Il y avait dette. Encore fallait-il s’approprier cet héritage. Le réinvestir. Mais pas de n’importe quelle manière. Pour le violoniste en effet, les Quatre Saisons n’appartiennent pas à un passé lointain. « Je ne pense pas être le seul pour qui la perception des souvenirs est profondément influencée par les saisons auxquelles ils sont liés, cette sensation créant des ponts avec notre passé et formant une sorte de continuum temporel », écrit-il. Très proustienne, cette manière d’appréhender la perception de souvenirs à l’aune des sensations qu’elle produit et qui, effaçant toute notion de temps, devient une fabrique du présent.
Ce sont donc des Quatre Saisons aux accents d’aujourd’hui que Théotime Langlois de Swarte et son ensemble font entendre. Et le fait que, au disque comme à la scène, les quatre célébrissimes concerti soient baignés dans l’ambiance musicale de leur temps ne fait qu’ajouter un supplément d’âme et de vérité à une interprétation puissamment renouvelée.

Théotime Langlois de Swarte et l’orchestre Le Consort étaient sur la scène de l’Opéra Berlioz – Le Corum, Montpellier, le mardi 9 décembre 2025. 20 h 27.

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vendredi12décembre | comme un fleuve

(saison musicale #6)

Comme la neuvième sonate pour piano de Scriabine, son aînée, la septième symphonie de Jean Sibelius se déploie en un seul mouvement. Certes, le compositeur a noté sur sa partition des indications rythmiques – successivement adagio ; un pochett. meno adagio – poco affrett. – Poco a poco affrettando il Tempo al … Vivacissimo – rallentando al… ; adagio – Poco a poco meno lento al… ; allegro molto moderato – Un pochett. affrettando ; allegro moderato – Poco a poco meno moderato ; vivace ; presto ; adagio ; largamente molto – affettuoso ; tempo I – mais il ne découpe pas l’œuvre selon l’usage classique des quatre mouvements. La symphonie traversée par des courants profonds et dont la palette sonore procure une sensation de fluidité, s’entend d’une seule coulée, comme les eaux d’un fleuve tantôt tumultueuses, tantôt apaisées, dans le plus pur esprit post-romantique. Terminée le 2 mars 1924, la septième symphonie est créée à Stockholm le 24 mars suivant sous la baguette du compositeur. Sibelius avait un penchant certain pour la boisson. Il était de santé fragile. A quarante-deux ans, il contracte un cancer de la gorge. Au début des années vingt, ses mains tremblent. Début de maladie de Parkinson ? Sibelius boit, persuadé que l’alcool atténuera les tremblements qui nuisent à sa carrière de chef d’orchestre et lui posent de sérieux problèmes quand il s’agit de coucher sa musique sur le papier. Sibelius est mort le 21 septembre 1957 à l’âge de 92 ans. « Le musicien dont on apprend la mort aujourd’hui eut la gloire d’être une sorte de prophète : c’est à lui que la musique finlandaise doit d’avoir été révélée au monde, et c’est grâce à sa foi, autant qu’à son talent, qu’elle a conquis sa place dans le répertoire international », écrivait le journal Le Monde dans la nécrologie consacrée au compositeur.

L’orchestre national Montpellier Occitanie sous la direction de Case Scaglione. 21 h 43.

La septième symphonie de Sibelius a été donnée le vendredi 12 décembre au Corum de Montpellier dans le cadre de la saison musicale de l’orchestre national de Montpellier Occitanie placé ce soir-là sous la direction de Case Scaglione. Le programme débutait par la création d’une pièce symphonique de la jeune compositrice Lisa Chevalier et se terminait avec l’ouverture Léonore numéro 3 et la huitième symphonie de Beethoven.

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jeudi18décembre | « une solitude sans rivage »

« Poursuivre. – Poursuivre, il le faut, mais pourquoi et comment ? »
Roger Laporte

Poursuivre. Je me suis souvent posé la question. Je me la pose encore, inlassablement, chaque jour, à ma table d’écriture, la « table de peine » dirait Pierre Bergounioux. Longtemps, je me suis demandé s’il ne valait pas mieux tout arrêter. Poser le stylo. Oublier le clavier. Reléguer dans des boîtes d’archives les feuilles arrachées au temps puis gravir un à un les barreaux de l’échelle conduisant au grenier faiblement éclairé par une lumière vacillante et déposer là, dans une odeur de poussière et d’oubli, les oripeaux d’une vaine vie d’écriture. Mais j’ai eu la faiblesse de poursuivre et, tel un naufragé dans le flot impétueux des tempêtes, m’agripper à la main tendue de quelques voix amies, dans l’espérance faraude d’un sursis. Je vis dans l’illusion que l’écriture sauve. La raison même pour laquelle, chaque jour, inlassablement, dans mon cahier, sur mon ordinateur, dans le carnet nomade qui me suis partout, je griffonne, tel un errant inconsolable atteint de graphomanie.

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Roger Laporte a écrit des pages saisissantes sur la question du « poursuivre », dont celle que voici :
« Poursuivre.
Poursuivre, mais en serai-je capable ?
Après avoir écrit la neuvième séquence de Suite – j’étais alors à bout de forces, presqu’à bout de forces – j’ai décidé de faire une longue pause ; j’étais allé au bout de mes possibilités, du moins en tant qu’écrivain ; j’avais réussi à dire ce qui pouvait l’être ; je ne pouvais espérer mieux faire, et pourtant seule la fatigue avait donné la forme d’un livre à une aventure inachevée. Je suis resté longtemps sans écrire, sans pouvoir cependant me reposer, car je ne cessais de me demander si tout ce que j’avais subi, même le plus inhumain, n’avait pas été seulement le simulacre d’une tout autre épreuve, d’une épreuve insupportable, à jamais inconnue. J’ai longtemps ressassé les mêmes pensées : « A quoi bon recommencer, à quoi bon endurer de nouvelles souffrances, si demain, quoi que je fasse, je ne suis pas plus avancé qu’hier ! » J’ai certainement été tenté de renoncer à jamais, mais j’ai toujours gardé la certitude qu’en n’acceptant pas la répétition accablante, apparemment stérile, d’une épreuve inépuisable, je serais infidèle à mon serment de ne jamais abandonner à une solitude sans rivage… qui ou quoi – quelque « chose » inconnue ? -, je ne saurais le dire ».

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Sources :

  • Les deux citations sont de Roger Laporte. La première est extraite de son texte Suite et la seconde de Moriendo, tous deux rassemblés dans le volume Une Vie aux éditions P.O.L., 1986.
  • L’expression « table de peine » revient souvent sous la plume de Pierre Bergounioux pour designer sa table de travail, lieu d’écriture par excellence. On la trouve notamment dans ses Carnets de notes publiés depuis 1986 aux éditions Verdier.

Ecrivain et philosophe né à Lyon en 1925, Roger Laporte est décédé à Montpellier le 24 avril 2001. Ses premières œuvres ont été publiées dans la collection Le Chemin aux éditions Gallimard. A partir de 1979, la plupart de ses livres sont parus chez P.O.L.

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dimanche21décembre | solstice d’hiver

C’est aujourd’hui le solstice d’hiver. Il a lieu exactement à 15 h 03 UTC (temps universel), soit 16 h 03 heure de Paris. La journée la plus courte de l’année durera huit heures. La nuit la plus longue, seize. Mais la pluie diluvienne qui s’abat sur la ville depuis ce matin rend plus dense et plus angoissante la sensation de nuit.
J’interroge le Grand Robert. J’y apprends que le mot solstice vient du latin solstitium de sol (soleil) et stare (demeurer immobile, se tenir debout). Le solstice marque ce moment où, dans sa course apparente, le soleil semble observer une stase. En musique, on dirait un soupir.

mercredi24décembre | 31, rue N. & ailleurs

Je m’établis réellement au 31. La chaîne hi-fi de la chambre diffuse le Winterreise de Schubert par Dietrich Fisher-Dieskau accompagné au piano par Gerald Moore. Bonheur immense de (re)goûter au plaisir du vinyle.

Autoportrait à la chaîne hi-fi. Maison de Carcassonne. 8 h 54.

Dans la pièce voisine où j’ai installé mon bureau, je rédige une note à partir de deux extraits de lettres de Howard Phillips Lovecraft puisées dans le travail d’exploration que partage François Bon sur Le Tiers Livre.

Suis-je seul quand bien même aucune personne physique ne m’entoure ? Ce soir, il y a Lovecraft, Schubert, un message d’E., peut-être un ange aux ailes argentées qui pactise avec le ciel et voici que je me surprends à oser une phrase qui m’avait traversé mais qui, par je ne sais quelle faille, m’échappe au moment de la formuler.

Vivons-nous à ce point de nos pertes ?

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samedi27décembre | éphémère

Magie de Noël (1) – Jardin André Chénier, Carcassonne – 15 h 36.
Magie de Noël (2) – Jardin André Chénier, Carcassonne – 15 h 39.

Tout ce que nous pensons accomplir, le moindre de nos gestes, s’efface, disparaît et de cet éphémère se nourrit notre désir d’être, le plaisir de la respiration, l’absence, loin, la parenthèse, le nuage qui s’évanouit et, plus loin encore, le ciel profond, ses étoiles, ses mirages, ses rampes. Où nous aborderons le jour où nous ne serons plus.

Canal du Midi vu du Pont de la Paix – Carcassonne – 15 h 30.
Banc – Jardin André Chénier, Carcassonne – 15 h 31.
Promenade du canal vue du jardin André Chénier. Carcassonne – 15 h 33.

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lundi29décembre (1) | écrire

« si je sacrifie ainsi la majeure partie de chaque journée, j’ai bien l’intention de consacrer le temps libre qui me restera purement et simplement à moi-même, à mes lectures personnelles et à la composition littéraire. » Howard Phillips Lovecraft, lettre du 4 mars 1926.

Au moment où il écrit cette lettre, Lovecraft vient de prendre une décision qui, pendant au moins quelques semaines, bouleversera son quotidien. Il va accepter un travail de confection d’enveloppes pour l’envoi de 10 000 catalogues de la librairie où travaille son ami Loveman, ce qui représente pour lui un « sacrifice ». Il sera payé 17,50 dollars par semaine. A propos de cette somme, Lovecraft ne parle pas de salaire mais de « gratification ». Il se rassure en notant que ce travail « purement mécanique » laissera ses facultés « libres pour tout travail créatif qu’elles pourront accomplir ». Lovecraft, cependant, prévient : « Cette lettre est une sorte d’adieu au monde… »
Moins voir ses amis, écrire moins de lettres et préserver du « temps libre », autrement dit du temps pour soi, du temps sans obligation ni pendule, du temps pour lire et écrire « purement et simplement » : voici posée par Lovecraft – et dont on imagine qu’elle le taraude – la question de l’espace d’écriture, sa place dans une vie quotidienne qui n’est pas donnée mais que doit conquérir celui qui aspire à l’établir pour lui-même.
Du peu que je sais de ses pratiques, Lovecraft est capable d’écrire sur un banc public comme – reclus ? – dans l’appartement du 169 Clinton Street, pendant ses années new-yorkaises. Mais la nature de cet espace ne serait-elle pas de l’ordre du mental ? De l’immatériel ? Une disposition ? Un lieu de vie intérieure ? Une manière d’être ?

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« Ces lectures préalables à l’écriture que j’entreprends pour l’article demandé par Cook constituent une excellente discipline mentale et une belle démarcation entre mon existence sans but et perdue de ces deux dernières années et la reprise d’une vie d’ermite providentielle au cours de laquelle j’espère produire quelques récits dignes d’être écrits. » Howard Phillips Lovecraft, lettre à Lillian Clark du 11 janvier 1926.

L’article que Robert William Cook commande à Lovecraft deviendra par la suite l’Essai sur l’horreur et le surnaturel en littérature publié en 1945, soit huit ans après la mort de son auteur. Et nous revoici plongés dans l’énigme du rapport de soi à l’écriture. Dans l’extrait précédent, Lovecraft parlait « d’adieu au monde ». Il parle maintenant de « discipline mentale », de « belle démarcation » entre une « existence sans but et perdue » et « la reprise d’une vie d’ermite providentielle » qui semble à ses yeux essentielle à la production de « quelques récits dignes d’être écrits ». Une vie d’ermite.

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Etats d’âme, questionnements, angoisses, peurs, solitudes, tentatives échouées d’évasions illusoires. L’écriture est incommensurable. Là réside le lien qui me lie à elle. Quand j’écris, il m’arrive de me perdre, de ne plus savoir où je suis, je n’entends plus le bruit sourd du monde, il n’y a plus de temps et l’horizon ressemble à la page blanche d’un cahier d’écolier dans un matin d’odeur crayeuse. Si je devais, comme il m’arriva jadis, établir une liste d’intentions pour la nouvelle année, celle-ci suffirait : écrire « purement et simplement ».

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Source : Lovecraft le carnet de 1925, par François Bon, un parcours au jour le jour dans la vie quotidienne de Howard Phillips Lovecraft à New York, disponible en accès libre sur Le Tiers Livre.

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lundi29décembre (2) | dernières images de l’année

Collège du Bastion et clocher de Saint-Vincent – Carcassonne – 16 h 02.
Le Pont de la Paix vu de l’avenue Pierre Sémard – Carcassonne – 16 h 03.
Grand orgue de l’église Saint-Vincent – Carcassonne – 16 h 15.
Notre-Dame de la Parade – Eglise Saint-Vincent, Carcassonne – 16 h 18.
Boutique en ruine – Rue Antoine Armagnac, Carcassonne – 17 h 54.
CB – Rue Antoine Armagnac, Carcassonne – 17 h 55.