Retour à Big Pink

11 janvier-10 mars 2021 –

Big Pink. 1967. Cinq musiciens désormais groupés sous le nom de The Band font corps avec Bob Dylan, occupé à renaître après avoir cassé les vieux murs. A l’époque où ils s’appelaient encore The Hawks, ils l’ont escorté sur la route cabossée de l’électrique. Le 17 mai 1966 au Free Trade Hall de Manchester, ils étaient là quand Dylan se fait traiter de Judas. Deux mois plus tard, c’est la chute. Accident de moto. Fin de l’histoire ? Il s’en est fallu de peu. 

Qu’est-ce qui était devenu si irrespirable, si peu lisible dans les yeux de ceux qui baissaient les paupières ? 

Après le crash, le recommencement. Les mots, la musique, relèvent. Il suffit de peu. Odds and ends. Le savions-nous ?

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Tandis que les mouettes traversent la ville et que mona lisa se prépare pour un long voyage, l’heure est à reconstruire

« nous grimperons cette colline peu importe sa pente »

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En 1967, donc, Bob Dylan et The Band se terrent dans les caves de Big Pink, la villa qu’ils ont louée près de Woodstock, pour enregistrer des titres où country, folk, blues et rock composent un romancero de joie débridée. On ne s’interdit rien. On essaie. On explore. On pousse encore les murs. Le son ne ressemble à aucun son entendu jusqu’ici. Un album pirate de ces sessions – The Great White Wonder – circule deux ans plus tard. En 1975, Columbia se décide enfin à presser The Basement Tapes, un double album devenu mythique dans la discographie dylanienne et dans lequel figure le titre You ain’t goin’ nowhere qui dit avec quelle énergie Dylan, après son accident de moto, cherche à revisiter sa route 61. 

Le 19 novembre 2012 devant le public du Wells Fargo Center de Philadelphie lors d’une énième étape du Never Ending Tour, Bob Dylan se souvient de Big Pink et reprend You ain’t goin’ nowhere dont il a réécrit les paroles comme on tourne une page.  

En 1967 à Big Pink, il chantait : « Enlève de ton esprit ce temps hivernal / Tu ne vas nulle part… » Un vent froid souffle encore aux frontières.