Perspective Kafka

Phrag/me # 31 – janvier 2013-27 octobre 2020-1 février 2021 –

Stare mesto. Ciel bleu. Marché dans le froid d’un matin de janvier. Sur Staromestské, les passants, tête dans les épaules. Emmitouflés. La rue grouille. «Bonheur d’être en compagnie d’êtres humains».

Quitter la presse. Laisser l’opulente Parizska, ses façades dorées, ses magasins de luxe. Prendre à gauche. Namesty Franze Kafky. Une rue étroite et dès l’entrée, à main droite, sa maison natale. A l’angle de Maiselova et de Kaprova. Aux portes du quartier juif. 

La plaque de rue porte son nom. Namesty Franze Kafky. Stare mesto. Praha 1. 

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«Moi, moi seul, le spectateur de l’orchestre». 

La musique, ici, est celle de la rue. Les voitures. Les tramways dont les roues crissent. 

Côté Kafky : le rez-de-chaussée du bâtiment, style épuré, sobre, façade ocre délavé, vieux rose, d’où la peinture par plaques s’écaille, contrastant avec les façades voisines, baroques, ampoulées, faussement riches. Exposition Kafka. Une pièce. Lumière chaude à l’intérieur. Au pied du mur extérieur, un panneau indiquant une station de taxis. 

Côté Maiselova : sur la baie vitrée, sa signature. A côté, une boutique de souvenirs.

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L’angle de la façade est arrondi. La peinture vieux rose arrachée par plaques. Un fil rouillé – de téléphone ? d’électricité ? – descend le long de la paroi pour s’ancrer dans une poignée de fer. Et dans cet arrondi, son visage. Sculpté – fondu ? – dans le noir de l’acier. 

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Visage grave, comme toujours sur les photographies. Les traits torturés par l’insomnie. Le mal de crâne dont il se plaint à longueur de journaux. 

«Insomnie presque totale…»
Le mal «sur sa tempe comme le mur sent la pointe du clou qu’on doit enfoncer en lui»
«Morose, faible…»
«Mal dormi»
La litanie des «jours vides» 

et

«Dans ce froid maudit, mon visage altéré, les autres incompréhensibles». Les autres si loin. Lui seul, spectateur, le regard si flou. Si déjà parti.