L’approche du mimosa

25 mars 2020-16 janvier 2021 –

qu’est-ce qui était devenu si peu lisible dans les yeux des passants, les âmes sensibles, les regards de terres hautes, les merveilles toujours parmi les friches tandis que Mona Lisa se préparait en silence pour un long voyage 

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ce geste si naturel, anodin, déconcertant à force de banalité, voici qu’il redevient l’indispensable, le vital, rendant au corps sa motilité, le moyen de se déployer, d’occuper l’espace par sa mise en mouvement, 

voici que quelques-uns, plutôt le matin mais ce pourrait être à tout autre moment, se croisent à distance, craintifs et soupçonneux, s’écartant de l’inconnu, passant outre,

je me dis 

quand tout cela sera terminé, les déambulations erratiques de visages masqués, il faudra réapprendre le bruissement du vent dans un arbre, la ville, nos facultés olfactives à l’approche d’un mimosa 

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réapprendre le bruissement du vent dans un arbre, la ville, nos facultés olfactives à l’approche d’un mimosa

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avec Proust dans le cabinet de repos de l’oncle Adolphe, lequel, « quand les fenêtres ouvertes laissaient entrer la chaleur, sinon les rayons du soleil qui atteignaient rarement jusque-là, dégageait inépuisablement cette odeur obscure et fraîche, à la fois forestière et Ancien Régime, qui fait rêver longuement les narines, quand on pénètre dans certains pavillons de chasse abandonnés » 

à Roche, près de Charleville, où les Cuif possédaient une ferme détruite pendant la Grande Guerre, Roche où Rimbaud a composé Une saison en enfer

ce qu’il faut rendre à la terre mais en vue de quoi au juste ? Le négoce ? Les trafics ? L’Amérique ? La photographie ? Les femmes ?

ou peut-être juste une voix céleste, gambe, bourdon, flûte, nazard, doublette, piccolo, celui qui mange ma chair, lointain, et boit mon sang, extatique, demeure mystère, très legatissimo, comme une entaille, méditative et sobre 

l’histoire d’un recommencement