Huit vertiges de langue

Phragmes, morceaux de langue prélevés dans une ébauche, un en cours ou tombés seul, à même le sol, dans l’élan. 

Fragments d’une matière vagabonde en quête de sa (mé)forme. Amas de gaz. Eclats en errance dans le cosmos. 

Traces d’une langue errante, incertaine.

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Langue inquiète
ignorante de son advenir. 

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Echantillons collectés avec la minutie de l’entomologiste épinglant ses coléoptères, monceaux de langue collés ensemble. 

Sous la menace, la langue rassemble.

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Graffitis # 1-3
Traces d’une langue errante, incertaine

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Surpris sondant le sol dans l’espoir que surgisse d’entre les terres craquelées quelque objet d’un jadis. 

Ammonites disséminées qu’enfants, nous ramassions à pleines mains, fascinés par leur forme oblongue que la pierre mémorise. Langue fossile.

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Jour de garrigue entre les doigts d’un enfant. 

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Cherchant à retrouver quelques bribes de cette matière, comme qui collectionne timbres, coléoptères ou papillons, 

tourné vers la littérature, seul moyen de reconstituer le souvenir de quelque chose qui n’a pas existé. 

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Ne s’allonge plus, par les beaux soirs d’été, au bord de la rivière, parmi les nuées de lucioles. Sa langue se disperse. 

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Ephémères, les mots nous quittent. Ils échappent. 

La langue impuissante à les retenir. Il faudrait une main habile, amicale. 

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Quand tu écris, la langue passe sous tes yeux.