« Par les mots mêmes »

25 octobre-28 novembre 2020 –

« Ce que j’écris n’est pas écrire mais se préparer à écrire ». Histoire d’un écrivain qui choisit de ne plus écrire et place son œuvre en dehors de la littérature. 

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Dans les ténèbres, le poème, en sondant l’indicible mystère, ouvre l’horizon.

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Nous devons, pour lui survivre, dépasser – dépecer ? – notre être-au-monde. 

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Fragments de mes jours. « Ce recueil contient la substance d’une sorte d’album que j’ai formé naguère de fragments très divers (…) ».

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Chez Paul Valéry, l’incessante tension entre la forme poétique, l’architecture et la musique. La tension du poème tient à son rythme qui le détache du monde et en fait un objet à part entière, ne devant qu’à lui-même d’être ce qu’il est. 

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La poésie recueille les dernières gouttes d’un silence entrevu dans les rayons ultimes du jour. La poésie est crépusculaire, lumineusement. 

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[Après une lecture de poèmes de Album de vers anciens

Vous avez emporté la trace de votre passage sur un chemin qui vous désignait comme l’héritier d’un songe dont vous persistez à nier la grandeur. 

L’humilité souvent manque pour entendre la voix du monde.

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« Ecrire – pour se connaître – et voilà tout ». 

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« Par le mélange de mots très ordinaires, l’écrivain sait accroître le monde exprimé ». 

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« Profiter de l’accident heureux ». Dans ce fragment extrait du Cahier IV, Paul Valéry entend que l’écrivain s’inscrive dans la chaîne des mots. Qu’il soit à l’écoute des mots sous les crissements de sa plume et qu’il leur accorde la possibilité du jaillissement inattendu. 

« L’écrivain véritable abandonne son idée au profit d’une autre qui lui apparaît en cherchant les mots de la voulue, par les mots mêmes ». 

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Laisser les mots se parler. Etre à l’écoute de ce qu’ils se racontent. 

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« Je ne veux pas écrire ce qui ne m’étonne pas ». 

Se laisser, donc, étonner par les mots mêmes. Comme le peintre les couleurs, le musiciens les notes… Apprendre à leur appartenir. 

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« Sens et son ». Il y a, dans le mot – le for intérieur du mot – un lien intime entre ces deux pôles. La tâche du poète consiste à trouver ce lien et à le faire vibrer afin de provoquer sa résonance. (C’est cette résonance qui fait le poème). 

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« Par le mélange de mots très ordinaires, l’écrivain sait accroître le monde exprimé ». 

C’est l’effet de résonance qui crée cet accroissement. Le poète fabrique un objet qui le dépasse. Un poème est toujours plus grand que les mots qui le composent. 

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Ecriture et réalité – Ecrire parfois conduit à rendre les choses (écrites) plus existantes (vivantes) qu’elles ne sont dans la réalité. 

« Ecrire : vouloir donner une certaine existence, une durée continuée, à des phénomènes du moment. Mais peu à peu, par le travail, ce moment même se fausse, s’orne, se fait plus existant qu’il n’a jamais pu l’être ». 

L’écriture produit du vivant. 

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Ecrire fabrique du temps. 

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« Tout le donné est fraction, commencement, insuffisance ». 

Le monde nous est donné par fragments ou séquences. Bribes qu’il s’agit de recueillir puis d’assembler comme les pièces d’un puzzle afin de créer un réel éphémère et singulier. Tâche de l’écrivain. 

Le mot en soi n’est pas la lumière. Il n’est qu’une faible et lointaine manifestation de cette lumière. Parcelle infime de lumière qui nous extirpe de l’obscur.

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Source : Paul Valéry, Cahiers & Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard.