Schneider, Dusseldörf

Souvenirs de Kraftwerk

 « Florian Schneider, cofondateur du groupe Kraftwerk, est mort » annonce Le Monde. Je lis ce titre et tout de suite, me reviennent en mémoire, 

l’indéboulonnable Autobahn, sorti en 1974, je serais parti à l’autre bout du monde avec la pochette bleu pétard de cet album sous le bras même si ce bout du monde n’avait alors aucune chance de dépasser le coin de la rue ; peu importe j’aurais malgré tout claqué la portière de la voiture, allumé le moteur même si je ne possédais ni auto ni moteur, à cette époque je regardais tourner le monde avec en poche Les Fleurs du Mal de Baudelaire, je le regardais accomplir ses rotations quotidiennes avec une régularité qui forçait mon admiration

Radioactivity, tout juste un an plus tard, Florian Schneider et Ralf Hutter étaient alors au sommet de leur art, c’est très bête à dire aujourd’hui mais au fin fond de notre petite monde en rotation autour des Rolling Stones, des Doors et des premières effluves de Pink Floyd, je n’attendais pas ce son venu d’une Allemagne dont le moins qu’on puisse est que je n’avais pas une vision très pop à l’époque, vu ce qu’on m’en disait à l’école, Klaus Schulze et Conrad Schnitzler peinaient encore à franchir les frontières avec Tangerine Dream, la trilogie berlinoise de Bowie ne viendrait que des années plus tard défoncer la porte, mais la musique change le regard sur les choses, alors Kraftwerk a opéré et mes oreilles se sont tendues dans la direction du studio Kling Klang de Dusserldörf, j’essayais d’en capter les ondes lointaines, 

Florian Schneider et Kraftwerk, des pionniers, ils n’étaient pas si nombreux dans les années soixante-dix à se risquer sur les traces du GRM de Pierre Schaeffer et Pierre Henry auprès de qui Jean-Michel Jarre se formait tandis que le synthé modulaire tardait à se démocratiser,

Avec des copains fondus comme moi de musiques nouvelles qui cherchions dans les bacs ce qui n’existait pas,  nous avions repéré presque par hasard  Tangerine Dream sous le label Virgin avec Phaedra mais nous n’avions rien vu de leur production antérieure, Electronic Meditation arrivera bien plus tard sur ma platine (ainsi va la circulation aléatoire des sons), c’était une musique qui faisait se dresser les cheveux sur les têtes, nous nous demandions où nous allions finir avec ça, et même si A saucerful of secretsAtom heart mother ou Meedle avaient déjà fortement marqué nos esprits, The dark side of the moon allait tout éclipser d’un coup (mais c’est une autre histoire),  

Kraftwerk, malgré tout, résistait, chacun avait son titre préféré, moi ce fut, tardivement, après avoir délaissé les bandes d’arrêts d’urgence pour quelque voie sans issue, The Models, quatrième plage de The Man Machine sorti en 1978, j’ai aimé tout de suite cette chanson qui sonnait un peu comme un chant du cygne pour le groupe, je ne l’avais pas réécoutée souvent, jamais oubliée, juste rangée dans un coin, en attendant, quoi ?quand je réécoute aujourd’hui The Models, j’entends toutes les chansons qu’elle a engendrées à sa suite, c’était donc en son temps une composition du futur mais personne ne le savait, alors la revoici lors d’un set capté en 1982 avec en arrière-plan ce clip dont j’ignorais jusqu’à ce soir l’existence.