Sans fin

29 février-7 novembre 2020-19 février 2021 –

En 2015, trois milliards d’images circulaient chaque jour sur les réseaux sociaux. Les images nous disent. Nous aspirent. Nous veulent. Les images nous pensent. 

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Jusque-là, me suis tu. Ai fermé une à une les portes de ma perception. Rien écrit au sujet de la rouille. Rien, encore, sur les sonorités marines, la convalescence des algues, les remuements plastiques

Seuls, coups répétés de l’archet sur la corde, fibres d’un corps en vibration

Sans fin 

Un horizon à distance de l’homme et de la machine 

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Nous recevons chaque jour via télescopes, satellites et sondes spatiales, des images composant un visage de l’univers. Il advient des choses extravagantes au fin fond, telle cette « scène galactique » que la Nasa diffuse sur son compte Instagram : « Deux amas de galaxies, contenant chacune des centaines de galaxies, sont entrés en collision il y a des millions d’années et se sont liées selon les lois de la gravité. Maintenant, un trou noir supermassif déchire les deux sur une scène galactique. Le jet de particules chassé du trou noir est si puissant qu’il plie la forme du pont qui relie les deux amas. Il s’étend sur plus de trois millions d’années-lumière et a une masse d’environ six billions de soleils. » La masse d’un trou noir est d’environ six billions de soleils. La masse du soleil s’élève à 1,989 x 10^30 kg).

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Vibrations

Capture d’écran du film Infinite Space de Refik Anadol (festival Hors pistes – centre Georges Pompidou – 24 janvier/9 février 2020)

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Infinite Space est un film sonore de 11 minutes créé en 2019 sur une commande de l’espace artistique immersif Artechouse de Washington. Refik Anadol, son créateur, y revisite la déclaration de William Blake : « Si les portes de la perception étaient nettoyées, tout semblerait infini ». L’artiste opère ce nettoyage au moyen des outils qu’offre la machine.

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« Et puis, et puis… toutes ces pages se trouvent supplantées par le livre qui m’occupe tout le temps depuis plusieurs années (…) Retour à la pleine amplitude littéraire, rien d’autre que la littérature, un gros livre où elle sera tout entière. Inexorable tranquillité assez dure ! Sujet ? J’ai mis longtemps à comprendre qu’un seul mot le définissait absolument : la « Beauté ». Et que ce mot allait recouvrir tout le livre. De temps en temps, rarement, je glisse une page de vergé blanc dans ma machine, chez moi ou ailleurs, le jour ou la nuit, je la tape et je la mets sur une pile dans une bibliothèque qui ferme à clé. Et je n’ouvre jamais cette bibliothèque pour savoir ce qui s’y trouve. Deux choses sont définitives : le titre, Essais de littérature arrêtée et, très exactement, avec la précision du scalpel (pour ce qui est de la phrase) et de l’ordinateur (pour ce qui est de la sélection de ce qui est à dire), ce que « doit être » ce livre. Moyennant quoi, il doit absorber tout ce que je fais, que je vis, que je vois : je lis, je tire des photos en grand format, je sors voir ce qui se passe, je voyage, je regarde à nouveau, j’écoute, je tire à nouveau des photos, je lis d’autres livres, je sors encore parce qu’il se passe autre chose : tout doit passer en moi comme dans le livre. Comme si j’avais dû, pour l’écrire, me faire moi-même style, viseur, énigme, cadre et rythme. Je me suis fixé un dead-line, pas une date, mais un endroit où le finir, où serait le dernier lieu du livre : un village en Inde, sur la côte de Coromandel. N’est-ce pas romanesque ? »

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Porterais-je en moi un livre inadmissible ? Celui dont je sais déjà, avant même l’avoir pensé, avant même en avoir commencé la fabrication, qu’il n’adviendra pas ?  Livre inavouable, inavoué. Chaos dont ne vibrent que bribes, éclats à vivre dans le bleu diapré des flammes. 

Comment construire – hors des châsses – dans les soubassements sauvages ? 

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Sources : L’œuvre Infinity space a été présentée lors du festival Hors pistes au centre Georges Pompidou du 24 janvier au 9 février 2020. On peut lire dans la brochure de présentation : « Infinite space invite les publics à ouvrir leurs sens à la transformation sans fin et aux possibilités infinies de l’intersection de l’homme et de la machine » ; Denis Roche, Littérature arrêtée, Les Nouvelles (littéraires), 14-20 septembre 1983. Disponible en ligne sur le site https://axolotl-denisroche.com