Beethoven en son jardin

Sonate numéro 15 dite Pastorale

Beethoven compose sa quinzième sonate pour piano en ré majeur opus 28, que son éditeur intitulera Pastorale, à l’âge de 31 ans. C’est le moment où il prend conscience de sa surdité. On aimerait y entendre les accents de désespoir de sa sœur, la sonate dite Clair de Lune composée la même année, en 1801. Mais le génie de Beethoven est imprévisible. Rien de tel ici. Pas de lutte au corps à corps avec le destin, pas de mélancolie sinon la plénitude, la sérénité qu’inspire au compositeur la fréquentation de la nature. « Aucun homme ne pourra aimer la nature autant que moi », disait-il. 

Beethoven séjournait l’été dans les environs de Vienne. A Heiligenstadt, Hetzendorf ou Dobling, il était en son jardin. « Quel plaisir alors de pouvoir errer dans les bois, les forêts, parmi les arbres, les herbes, les rochers », écrit-il en mai 1810 à son amie Theresa Malfatti. « Les forêts, les arbres, les rochers nous rendent l’écho désiré ». 

Cet écho s’entend dans la sonate de 1801. Entre 1805 et1807, Beethoven compose sa sixième symphonie, également intitulée Pastorale, qui sera créée le 22 décembre 1808 à Vienne. Plus ambitieuse que la sonate dont la facture demeure classique – bien qu’avec Beethoven, il faille toujours se méfier d’un classicisme souvent attaqué dans ses fondements – la symphonie mêle discours contemplatif et monologue intérieur tourmenté, en écho au Sturm und Drang en vogue à cette époque.  

La nature, source d’inspiration, alimente le fleuve musical beethovenien. « Plutôt émotion que peinture descriptive ». Ce qui intéresse l’artiste n’est pas ce qu’il voit mais d’abord ce qu’il sent et qu’il partage avec ses semblables au moyen du seul langage qui vaille à ses yeux, « révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie » : la musique. 

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La sonate Pastorale interprétée ici par le pianiste Artur Schnabel (1882-1951)